Les services rendus par les sites humides emblématiques et la perception par les acteurs locaux

De multiples services utiles aux équilibres naturels et aux activités humaines sont rendus par les zones humides (approvisionnement, régulation, séquestration du carbone, services culturels et sociaux, etc.). Leur existence présente un bénéfice pour les usagers qui va au-delà des biens et de services marchands (valeurs récréatives, culturelles, patrimoniales, éducatives, esthétiques, scientifiques, etc.). Cette diversité de bénéfices offerte à l’Homme est largement conditionnée par la qualité des écosystèmes que les sites concentrent. La perception qu’ont les acteurs du territoire (institutions, élus, associations, touristes, industriels, etc.) des bénéfices apportés par ces zones humides influe sur leur capacité à se mobiliser pour les préserver.

Selon le dernier rapport de mai 2018 sur les milieux humides et aquatiques continentaux de l’Evaluation française des écosystèmes et des services écosystémiques, les biens prélevés dans ces milieux (poissons principalement) représentent une valeur commerciale de l’ordre de 240 millions d’euros. Ces milieux sont, par ailleurs, le support de nombreuses activités qui s’accompagnent de retombées économiques importantes (dépenses nationales dépassant les 150 millions d’euros). Au-delà de la dimension utilitaire, les milieux humides revêtent une dimension patrimoniale (50 sites désignés en France au titre de la convention de Ramsar sur les zones humides en 2020).

L’évaluation nationale des sites humides emblématiques (2010-2020) s’attache à dresser un panorama de la présence de ces services (type, opérabilité). Elle complète cette approche par la vision qu’ont les référents sur l’image que les acteurs ont du site humide et le jugement qu’ils portent sur celui-ci.

Une liste prédéfinie de 27 services figurait dans le questionnaire. Ces services ont été répartis dans 4 groupes (services de régulation, biens, services culturels et autres services).

Liste des 27 services rendus du questionnaire

Les référents pouvaient se prononcer sur l’importance du service (principale, secondaire ou absent) et le ou les milieux concernés par le service.

Une diversité de services rendus recensés sur les sites humides emblématiques

En moyenne, près de 13 services rendus par les sites humides emblématiques ont été identifiés par les référents. Une répartition homogène est à noter entre les types de zones humides : ceux d’Outre-mer en offrent le moins (11 services) alors que ceux du littoral méditerranéen en fournissent le plus (15 services). Chablais (29 services), la baie de Somme et marais associés et Brouage (27 services) et les zones humides d’altitude de la caldeira de la Montagne Pelée – Réunion (25 services), de Basse Mana – Guyane ou encore de Gouaro-Déva – Nouvelle-Calédonie (18 services) sont les sites métropolitains et ultramarins pour lesquels les services écosystémiques sont les plus nombreux.

Nombre moyen de services rendus par les sites humides emblématiques entre 2010 et 2020

Des services de régulation jugés primordiaux sur la majorité des sites humides

Une majorité de sites (55 %) abrite des services de régulation dont l’importance est jugée principale. Les biens et autres services (36 %) ainsi que les services culturels (29 %) ont une importance principale jugée moindre par les référents.

Proportion de sites humides emblématiques suivant l’importance du groupe de services rendus en 2020

40 % des espèces animales et végétales spécifiques dépendent des milieux humides. Cités sur 141 sites, ces milieux en tant que réservoir de biodiversité sont jugés d’une importance majeure par les référents (92% des sites). En tant que zones tampon, ils participent également aux fonctions de régulation de la qualité de l’eau mais aussi jouent un rôle décisif dans la régulation des débits des cours d’eau en période de crues et d’étiages. Ces services, présents sur une majorité de sites (respectivement 118, 120 et 95 sites) sont d’une importance principale sur respectivement 86 %, 85% et 59% des sites. Utilisés par la population, les produits animaux sont exploités sur 143 sites. Ces produits comprennent les poissons, crustacés, mollusques, amphibiens, ou encore les gibiers d’eau. Les milieux humides assurent, par ailleurs, un rôle essentiel dans la régulation du climat en intervenant notamment dans le stockage du carbone (« puits »). Les référents estiment que ce service de régulation a un impact sur le climat local (100 sites) et global (74 sites).

Proportion de sites humides emblématiques suivant l’importance des services rendus en 2020, par service

Des milieux humides dont les services rendus sont globalement toujours opérants

Les pressions qui se sont exercées et s’exercent sur les milieux humides peuvent affecter les services que ces derniers peuvent rendre à la société. Le degré d’opérabilité de ces services permet de caractériser l’efficience des milieux au regard des pressions qu’ils subissent.

À l’exception des peupleraies en zone inondable où les services sont majoritairement inopérants (38 % des sites), les milieux des sites humides emblématiques offrent des services toujours fonctionnels en 2020. Les eaux libres stagnantes salées (74 % des sites) assurent toujours leurs fonctions tout comme les slikkes (71 %), les eaux libres courantes salées (69 %) ou encore les prairies humides et oligotrophes (68 %).

Proportion de sites humides emblématiques suivant le niveau d’opérabilité des services rendus en 2020

Les sites du littoral atlantique, de Manche et mer du Nord ainsi que ceux d’outre-mer concentrent le plus de sites dont les milieux assurent toujours leurs services (62 % des sites) contrairement aux sites de plaines intérieures et de vallées alluviales. En effet, seul 26 % et 23 % de ces sites ont des milieux dont le service est estimé non fonctionnel par le référent.

Une évolution préoccupante de l’état des milieux remettant en cause les services que les sites humides emblématiques étaient susceptibles de rendre

Les référents se sont également prononcés sur l’évolution de l’état des milieux qu’ils abritent et leur niveau d’opérabilité entre 2010 et 2020.

Toute typologie de sites confondue, l’évolution de l’état des milieux entre 2010 et 2020 tend à rendre le service inopérant. Les sites du littoral sont particulièrement concernés par cette situation préoccupante. Aujourd’hui, plus de la moitié des sites du littoral méditerranéen (59 %) et des sites du littoral atlantique de la Manche et mer du Nord (50 %) ont des milieux dont l’état ne permet plus au site de rendre à la société le service qu’il était en 2010 susceptible de fournir.

Proportion de sites humides emblématiques suivant l’évolution du niveau d’opérabilité des services rendus entre 2010 et 2020

L’évolution de l’état des eaux libres stagnantes (63 %), des slikkes (59 %), des milieux palustres d’eau saumâtre (58 %) et des mangroves (56 %) entre 2010 et 2020 a, selon les référents, particulièrement impacté les services.

Près de la moitié des acteurs territoriaux ont une perception sociale positive des milieux humides et ont modifié leur comportement entre 2010 et 2020

En favorisant la concertation, en créant des synergies autour de nombreux projets en faveur des zones humides et en sensibilisant la population locale sur leurs enjeux, les acteurs du territoire jouent un rôle déterminant dans leur dynamique de préservation. Ces acteurs interviennent à différents niveaux : comité de pilotage, réunion publique d’information, appel à projet, sortie nature, actions de gestion, etc.

Les référents se sont exprimés sur l’image (positive ou négative) qu’ont les acteurs territoriaux sur les sites humides et du rôle que ces derniers peuvent jouer dans leur quotidien (paysage, loisirs, diversité biologique, rétention des crues, etc.). Une liste de 10 acteurs était proposée : structures institutionnelles, élus, associations, habitants, agriculteurs, industriels, aménageurs privés, chasseurs, pêcheurs et touristes. En 2020, selon eux, les structures institutionnelles, les touristes (85 %), les associations et élus (78 %) représentent les acteurs les plus nombreux à avoir une perception des sites humides positive. À l’inverse, ils considèrent que les industriels et les aménageurs privés sont ceux qui perçoivent le moins les aménités positives des zones humides.

Entre 2010 et 2020, l’évolution de la perception sociale a été favorable pour une majorité d’entre-deux. Les élus, les habitants et les agriculteurs sont les acteurs dont l’évolution de la perception sociale a été la plus forte.

Perception sociale supposée des acteurs territoriaux en 2020

La modification du comportement de ces acteurs vis-à-vis de leur perception a été appréciée par le référent. En 2020, 47 % des acteurs territoriaux ayant une perception sociale positive des sites humides ont modifié leur comportement (contre 32 % en 2010).

Proportion des acteurs territoriaux suivant la perception sociale positive des milieux humides et la modification de leur comportement entre 2010 et 2020

D’après la perception que se font les référents des acteurs territoriaux, les élus (76 %), les structures institutionnelles (67 %) et les associations (60 %) ont le plus modifié leur comportement entre 2010 et 2020. Les aménageurs privés, les chasseurs et les pêcheurs, sont ceux qui semblent avoir le moins fait évoluer leurs pratiques.

Impact supposé sur le comportement des acteurs territoriaux en 2020

Sur la période 2010-2020, l’ensemble des acteurs a pris conscience du rôle joué par les sites humides dans leur quotidien et ont, pour une majorité d’entre eux, accompagné cela d’une modification de leur comportement. Un renforcement de la règlementation et une plus large communication en faveur des territoires a permis une meilleure prise de conscience des enjeux et une meilleure prise en compte des enjeux avec adaptation des pratiques et mise en œuvre d’actions (règlementation espaces protégés, mesures compensatoires, mesures agro-environnementales et climatiques, plan local d’urbanisme, etc.).